29 avril 2007
Un poète maudit, A. Raynié. (1802-1803)
Séquence poésie.
Aujourd’hui : Un poète maudit, A. Raynié. (1802-1803)
Le grand poète Albert Raynié naquit dans un chou , mais mourut toute sa vie à Monaco, ce qui prouve qu’il avait fait son chemin et qu’il n’était pas trop stupide. Il fut un poète délicat et sensible, mais à l’esprit mal aimé, contrairement au reste. Véritable éboueur de nos consciences. L’exemple de son père, contrôleur du fisc à Genève, le porta de bonne heure à faire des vers. Il en chiait aussi pas mal, des fois, de ces Ascaris, de ces mollusques forts et harmonieux, en raison de quelques frisées mal lavées. La frisée est une race de salade, bien entendu, dont nous feront bientôt l’article.
Le père de Raynié le fit tonsurer à l’age de onze ans, car il fréquentait les milieux Skinhead, par vocation. Ce n’était pourtant pas celle du petit Albert, doué d’une bonhomie enjouée, d’une insouciance et d’une conversation orientée, qui l’emmenait tard le soir à faire de nombreuses saillies avec ses jeunes amies. A la vue de ses frasques, sa mère, de son côté, le voyait plutôt prédestiné au barreau. C’est au couvent des Effeuillées, à Paris, qu’il a passé toute son enfance. Il vécu ensuite chez sa tante qui lui témoigna longtemps une affection si peu maternelle.
Il a discipliné la littérature et organisé notre dégoût national. Il connaissait personnellement quelques satyres, qu’il appelait par leur prénom. Ses épîtres trahissent bien souvent la lassitude du génie, et ses vers seront les derniers débris de notre langue pour former cet amas qui s’enfle, et s’élève mollement !
Raynié besognait sans relâche la muse de la tragédie, la couchant sur le lutrin, dans des lieux isolés, obscurs, bien clos, dans des alcôves enfoncées. Ses vers présentent alors la forme d’un fin duvet, léger et rebondi, voir pompeux. Notre langue dans le palais a conservé ces accords, pour mieux les avaler. On voit bien que le fond de son héroïne lui appartient en propre. Tout l’artifice du poète aboutira à harmoniser les petits verres avec le grand vers, et à faire paraître le petit verre plus long que le grand vers, grâce à l’intelligence des rejets, contre le mur où ailleurs. La vertu n’est qu’un nom.
Albert Raynié a gardé dans sa tête la quasi-intégralité de ses satires, ses odes, ses épigrammes, ses débauches, et ne nous a laissé en tout et pour tout que ces trois lignes magiques marquées par le génie. Trois lignes uniques qui ne se prennent pas par les narines, comme tout ce qu’on prend par ailleurs à Monaco :
Ah… Les belles corniches
Où nichent et bichent
Les jolies Mercedes 540 K.
On pourra dire que toute la théorie littéraire du poète incompris Albert Raynié se résume bien dans ces seuls vers . Je vous laisse méditer là-dessus. On y verra sans artifice, plus d’une césure, et plus d’un enjambement imprévus qui légitiment sa hardiesse. Sous le ciel dégagé de Monaco, nous nous laisserons inspirer ces lignes, qui sauront nous garder sur les rails.
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